Luzi Paulin Simeon

Plattform2026

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Luzi Paulin Simeon, *Lifelover*, 2026. Burnt wood, 20 × 550 × 370 cm. Photo: Finn Curry.

Luzi Paulin Simeon, Lifelover, 2026. Burnt wood, 20 × 550 × 370 cm. Photo: Finn Curry.

Luzi Paulin Simeon, *Lifelover*, 2026. Burnt wood, 20 × 550 × 370 cm. Photo: Finn Curry.

Luzi Paulin Simeon, Lifelover, 2026. Burnt wood, 20 × 550 × 370 cm. Photo: Finn Curry.

Luzi Paulin Simeon, *Lifelover*, 2026. Burnt wood, 20 × 550 × 370 cm. Photo: Finn Curry.

Luzi Paulin Simeon, Lifelover, 2026. Burnt wood, 20 × 550 × 370 cm. Photo: Finn Curry.

« Rocks, Caves, Lakes, Fens, Bogs, Dens, and shades of death,
A Universe of death, which God by curse
Created evil, for evil only good,
Where all life dies, death lives, and Nature breeds,
Perverse, all monstrous, all prodigious things …
» (1)

Ce qui fascine à propos des ruines est leur distance par rapport au présent : elles pointent vers une vie passée, accessible seulement au travers de fragments. En leur absence matérielle, la mémoire, la perte et la profondeur du temps se condensent dans la forme.

Dans Lifelover, la construction rationnelle et géométrique en bois calciné contraste avec l’histoire immatérielle des vies qui s’y sont déroulées. Un contour spatial émerge, portant la trace du passé sans le reproduire.

Cette oeuvre s’articule autour de différents concepts architecturaux. Le lieu fonctionne comme un ordre rationnel et cartographique, tandis que l’espace, comme l’écrit Michel de Certeau, ne se révèle qu’à travers la pratique : « Space is a practiced place. ».(2) Le sens, et donc aussi le caractère sacré, naissent du mouvement, de la répétition, du rituel et de la mémoire. C’est à travers la dévotion quotidienne, les arrangements de photographies et d’objets, via les gestes habituels qui offrent une forme de cohérence générale que l’appartement devient un espace doté d’une structure existentielle.

Présentée sous la forme d’un plan architectural, l’installation traduit une constellation spatiale en un système de lignes, de mesures et de structures. Le plan brûlé fonctionne comme un résidu matériel d’un espace dont la fonction émergeait de pratiques dont on ne retrouve que des fragments. Des symboles émergent : des croix et des ailes d’ange. Si la croix se comprend en tant que signe iconographique, on ne peut pas réduire les ailes à leur simple symbolisme. Dans la tradition chrétienne, les anges gardent les seuils entre les mondes : entre l’ordre et la chute, la transcendance et la perte. Dans Paradise Lost, Milton décrit un « univers de la mort », un état dans lequel le mouvement devient stagnation, où la vie périt et où la mort persiste. Cette idée fait écho à l’atmosphère de Lifelover, dans l’imagination d’un espace qui a perdu tout ordre salvateur.

Le titre, emprunté au groupe de musique Lifelover, prend un sens presque réactionnaire dans le contexte des sous-cultures du métal. De par leur approche ironique et délibérée, la musique de Lifelover a été initialement boudée par la critique, étant perçue comme trop douce et trop éloignée des normes qui prévalent dans le genre. Dans le cas de Simeon, le titre fonctionne comme une affirmation, tandis que l’espace lui-même agit comme une contre-image. L’affirmation de la vie apparaît comme une revendication sémantique au sein d’une structure en décomposition : un geste de vitalité inscrit dans un paysage marqué par l’effondrement, l’érosion et l’immobilité. L’espace se charge d’un état affectif où la vitalité persiste en tant que concept, tandis que la matérialité traduit une esthétique de la ruine.

D’après Milton, tout ce qui appartient à la Terre se voit régi et marqué par le changement, la décomposition et la temporalité. Le Paradis, en revanche, se déploie sous une forme intemporelle, libéré du passage du temps et de l’âge, du devenir. Lifelover est inscrit dans le contexte terrestre. Le travail expose divers processus: celui de l’histoire, de la transformation matérielle, de la réalité physique du bois calciné. Le temps apparaît comme une trace, une inscription, une transformation irréversible. En ce sens, l’affirmation de la vie devient un positionnement concret au sein d’un déroulement inévitable ; un acte de résistance sémantique au coeur d’une entropie matérielle.

« All of the roses you planted have lost
Their touch and faded away.
» (3)

Eleonora Bitterli
(Traduit de l’allemand)
———

  1. John Milton, Paradise Lost, first published by Samuel Simmons, London : 1667.
  2. Michel de Certeau, The Practice of Everyday Life, 1984.
  3. Lifelover, Sweet Illness of Mine [Album], Osmose Production, 2007.