Dans la première partie du triptyque de Romane de Watteville, la peintre apparaît sous la forme d'un autoportrait dans lequel elle prend un selfie. Cette représentation d'elle-même et le fait qu'il n'y ait pas d'autres personnages dans le tableau suggère que ce que nous voyons est une sorte d'espace mental de l'artiste : la décoration y reflète certaines de ses influences, qui deviennent alors co-protagonistes. Cette dernière pourrait être vue comme un décor de film, dans lequel l'allusion à un hors-champ fait de portes et de passages, ajoute un sentiment supplémentaire de mystère et stimule l'imagination du spectateur·trice, laissé·e libre d'imaginer ce que il·elle veut derrière les coulisses.
Une source d'inspiration importante pour Romane de Watteville dans la création de l'œuvre est le cyclorama Le monde clair des bienheureux d'Elisàr von Kupffer. Comme l'œuvre d'Elisàr, exposée au Monte Verità, l'œuvre de Romane est composée de plusieurs parties qui, ensemble, forment un panorama dans lequel se déroulent différentes scènes. Dans les deux œuvres, le·a visiteur·se est encouragé·e à s'approcher et à parcourir la peinture pour découvrir la complexité de sa composition. Romane de Watteville rend hommage au cyclorama en le prenant comme leitmotiv de la toile, l'intégrant à différents moments dans le décor du tableau. Cependant, il est clair que le projet s'inspire également d'autres sources : l'histoire de la peinture classique, la tapisserie, le cinéma, le monde de la mode et les expériences personnelles sont indissociablement fusionnés par l'artiste. Ses références dans l'ornementation, représentées soit de manière directe soit volontairement camouflées, vont de La Naissance de Vénus de Sandro Botticelli à un détail d'une peinture de G. P. Rizzoli de la collection MASILugano, en passant par le Bedroom Ensemble de Sylvie Fleury, les chemises ludiques de Miuccia Prada, et même certains éléments de son propre ameublement.
Noemi Pfister