Le travail de Baker Wardlaw m’a tout de suite fait penser au trompe-l’œil, pas celui que l’on contemple à l’opéra, mais plutôt au trompe-l’œil culinaire. Le principe reste le même, mais au lieu d’être uniquement contemplé, on peut croquer dedans à pleine dent. Les installations de Baker Wardlaw se dégustent! Il nous met l’eau à la bouche avec une fraise imprimée sur aluminium, une pastèque autocollante et des caraques au chocolat en résine transparente, il nous désaltère avec un «soft drink» en fil de fer, il nous répugne avec des reproductions de chewing-gums déjà mâchés en résine, et il nous propose des sachets plastiques sérigraphiés, comme si nous pouvions emporter le tout.
Sa fascination pour la production de masse influence ses installations qui en reprennent tous les codes, tout en désacralisant leur hiérarchie. Baker a même développé son propre logo qu’il applique sur la majorité de ses œuvres, sous forme d’étiquettes ou moulé dans de la résine à l’image de ses «Utility Bar». Baker est un artiste à multiples facettes, ou plutôt à multiples casquettes! Bachelor en lettres en Louisiane, Sciences Po à Rennes, cuisinier à la Nouvelle-Orléans, professeur d’anglais à Paris, photographe... D’où un travail volontairement ouvert et trompeur, qui souvent bluffe le spectateur. Baker nous ballade dans un univers physique tout en nous assommant d’images numériques. Les opposés l’attirent, tout comme la présence récurrente du vide qui nous entoure.
Pour PLATTFORM15, Baker nous confronte à un dispositif s’attaquant à la promotion de la consommation de masse, un «Airdancer», que nous retrouvons habituellement devant les supermarchés américains. Une espèce de bonhomme longiligne, gonflable, d’environ 5m de haut, relié à un ventilateur, créant une dance étrange, presque chamanique. Ce dispositif est-il le gardien de l’exposition, une distraction pour le spectateur ou de l’auto-promotion pure? – Emilie Guenat