Marine Aebischer

Plattform2024

Previous
Next
Arboglyphe, 2023
© Claude Barrault

Arboglyphe, 2023
© Claude Barrault

Giselle, 2024
© Claude Barrault

Giselle, 2024
© Claude Barrault

From left to right:
Arboglyphe, 2023
La rosée du matin, 2023
© Claude Barrault

From left to right:
Arboglyphe, 2023
La rosée du matin, 2023
© Claude Barrault

Arboglyphe, 2023
La rosée du matin, 2023
ouroboros, 2024
Giselle, 2024

Marine Aebischer est née en Gruyère dans le canton de Fribourg. Destination de prédilection des sorties de classe de 4ème primaire, cette région est également et surtout à l’image d’une campagne en mutation: entre exode rural et mitage du territoire, les espaces jadis préservés se voient de plus en plus réduits, envahis par des infrastructures technologiques supposées représenter l’avenir. C’est dans ce contexte que l’artiste a commencé à porter une attention particulière au monde qui nous entoure, en observant les poules à l’arrêt de bus ou cette vieille ferme qui semble avoir été plantée là au beau milieu de centres commerciaux et voies d’autoroute. C’est précisément cette tension que l’artiste recherche dans son travail.

Tirant son inspiration des pratiques culturelles rurales et du folklore qui les accompagne, elle offre une relecture contemporaine de leurs symboles, rituels et univers esthétiques. Aebischer se réapproprie d’objets dits folkloriques qu’elle détourne avec beaucoup de respect non seulement pour leurs usages d’origine mais aussi pour leurs techniques de fabrication souvent artisanales. Accordant une partie de son temps à l’apprentissage de ces techniques traditionnelles, elle les enrichit en les faisant coexister avec des méthodes de production industrielle.

Sa proposition pour Plattform explore le même univers, mais pour l’occasion l’artiste s’est spécifiquement intéressée au folklore appenzellois. Après avoir étudié de près les formes, les symboles, les matériaux qui constituent le patrimoine culturel de la région, Aebischer a été particulièrement marquée par les costumes traditionnels et leurs diverses fonctionnalités. Souvent liés à des événement festifs, ces costumes ont été considérés par l’artiste non seulement selon leur aspect formel mais aussi selon l’expérience phénoménologique et émotionnelle à laquelle ils pouvaient ramener. Ses pièces offrent un nouveau regard formel inspiré des costumes traditionnels; fruit d’un doux mélange de souvenirs de la Gruyère et de culture populaire actuelle.

Au Kunstmuseum Appenzell, la vie pastorale rencontre les soirées techno; elles ont en commun La rosée du matin. Par ce biais, Aebischer parvient à démontrer la proximité inattendue de nos différentes manières de célébrer et de se rassembler. Parvenant à rapprocher deux univers sonores, elle invente un nouveau dispositif d’amplification du son, qui rappelle tant un subwoofer, qu’un troupeau de vache au loin.
Le costume traditionnel comporte une Ohreschuefle1. Il s’agit d’une boucle d’oreille composée d’une louche (outil de travail des vachers) et d’un ourobouros (représentation d’un serpent qui se mord la queue); reproduite à grande échelle en résine transparente. Ici, la louche n’est plus qu’un lointain souvenir; c’est ainsi qu’on porte la boucle au quotidien. Représentant ainsi un des symboles les plus anciens et largement présent à travers le monde, l’œuvre se réfère à un langage qui traverse les frontières et le temps.
Giselle: inspirée d’un corsage de costume traditionnel, la pièce de velours matelassé oscille entre minimalisme formel et design industriel.
Arborglyphe, composé des mêmes matériaux que le Chüeligurt, laisse place à une double interprétation de la matière, jouant entre bijouterie et ameublement. S’inspirant aussi de l’univers des jeux, cette pièce reste une énigme que tout un chacun pourra tenter de déchiffrer.

Katia Leonelli