Quel est le dénominateur commun entre une voiture, un dinosaure et l’ouvrage Capitalisme et liberté ?
La pratique de Lourenço Soares prend la forme d’une recherche par les moyens de l’art. Une recherche sur la syntaxe, les formes et écologies du savoir et de la connaissance. C’est un travail de dé/monstration et ses projets empruntent souvent aux sciences dites-dures une méthodologie d’analyse de modèles. Pour Plattform22, Lourenço Soares propose une installation composée d’une murale et de quatre panneaux iconologiques, composés d’images tirées d’albums scientifiques ou éducatifs, re-dessinées à la main. Il s’agit d’un exercice de montage et d’analogie, dont la méthodologie peut s’apparenter à celle développée par Aby Warburg avec l’Atlas Mnémosyne ; d’une tentative de lire le présent en s’affranchissant des catégories et grilles de lectures imposées par l’historiographie traditionnelle. Les panneaux s’opposent d’une part au paradigme visuel de la représentation d’une histoire devenue canonique par l’image-même, et de l’autre au paradigme épistémologique du savoir, autrement dit à une forme de connaissance tendant vers des idées et des concepts immuables.
S’inscrivant clairement dans la lignée des théories critiques, le travail participe à subvertir l’intégrité des images qui subsistent en tant que principes dominants et définissants d’une époque. En opérant une reconstitution de l’histoire par analogie, Soares propose ainsi une nouvelle manière de lire le monde dans le présent. Dans Flipcharts (cars, dinosaurs, free markets), Soares s’oppose à une lecture chronologique, territoriale et disciplinaire de l’histoire contemporaine, qui périodise et catégorise des faits sans porosité. En s’autorisant un élargissement des éléments constitutifs de l’histoire et la création d’une généalogie entre des personnages et lieux n’ayant aucun lien a priori, il déjoue les biais d’une lecture essentialisante et uniformisante et propose une compréhension en mouvement du phénomène social qu’est l’avènement du néolibéralisme.
Pour répondre à la question initiale, Lourenço Soares associe les phénomènes d’extinction de masse à une masse de consommateurs inconscients d’agir dans l’intérêt d’un capitalisme de masse sans perspective d’extinction. Mobilisant une phrase attribuée à Marx, l’artiste dépeint le capitalisme comme un monstre à l’appétit insatiable, extrayant l’énergie de tout ce qu’il touche. Son Tyrannosaurus Rex – Roi des Lézards Tyrans – entre ainsi en résonance avec ce monstre-capital et s’associe au
Consommateur-Roi du "monde libre" défendu par Friedman.
Traduction: Plattform team
Photo credits: Guadalupe Ruiz