Désir d’opacité, 2024
Les contours des projections émanant de l’installation spacieuse de Gemma Ushengewe, Désir d’opacité, sont délibérément partiellement flous. Les passages textuels et les représentations figuratives qui se dessinent sur les murs de la salle d’exposition échappent au contrôle d’un regard rigide et normatif, changeant leurs contours et leurs formes en fonction de l’incidence. Les ombres contrastées reflètent la relation personnelle de Gemma Ushengewe avec les discours identitaires prédominants dans la société majoritaire. Elles reflètent le besoin de se libérer des politiques de capitalisation des identités qui produisent des catégorisations et des réductions – également connues sous le nom de tokenization en anglais. Gemma Ushengewe cherche, à travers sa propre pratique artistique, des voies d’évasion possibles hors de la norme, vers une nouvelle approche des hiérarchies sociales et politiques ainsi que de la complexité de sa propre identité. Ce qui semble être en jeu ici est le développement d’une esthétique de la résistance propre à l’artiste.
Pour l’œuvre Désir d’opacité, les concepts de la transparence et de l’opacité revêtent une importance particulière. Comme l’a souligné Édouard Glissant dans son Discours Antillais 13 (1981), la transparence est l’une des conditions fondamentales de la société majoritaire. Elle permet aux cultures hégémoniques de comprendre et d’accepter, mais en même temps, elle sert de terrain pour comparer, évaluer, exotiser et surveiller ce qui est différent. Dans son installation imposante, Gemma Ushengewe refuse d’utiliser les codes des dominant-e-x-s et oppose ainsi à la transparence du Plexiglas l’opacité des ombres. Dans ce contexte, immergé dans une lumière verte presque menaçante, l’opaque devient ce qui n’est pas entièrement saisissable et, par conséquent, non réductible. L’opaque se révèle comme une attitude vibrante, offrant de l’espace et du pouvoir d’agir aux facettes complexes et multiples d’une identité en constante évolution, et demandant finalement de nouvelles relations entre les sujets.
Selma Meuli (traduit de l’allemand, P24)