Le projet de Cassidy Toner est à propos d’une certaine notion de performance. La sculpture de chien au corps d’homme, faisant face aux spectateurs et s’écroulant sur elle-même quand l’un d’entre eux s’approche de trop près, est un modèle de refus de performer et de ne pas performer. Sa présence latente indique la nécessité de performer inhérente à chaque exposition. Quand elle tombe, par timidité, peur ou fatigue, elle accepte ses incapacités personnelles par son épuisement, frustrant les attentes, les siennes comme celles du spectateur. La présence, par l’œuvre vidéo, de l’artiste Sara Ursina Sjölin est aussi un acte de rendre flou des frontières sans les perturber. En « faufilant » une autre artiste dans l’exposition dans laquelle les artistes ont été sélectionnés par un jury, Cassidy Toner transgresse les rôles fixés, réalisant une opération sur la marge. L’artiste joue ici sans mandat ni légitimation, ajoutant un artiste aux douze déjà sélectionnés et qui pourrait, qui sait, remporter le désormais célèbre prix Helvetia lié à l’exposition Plattform, comme prise de position sur la valeur d’un potentiel. Les deux œuvres, en ouvrant de nouveaux espaces et des possibilités de réponse, sont des tentatives de clarification d’une nouvelle logique d’agentivité. Dans l’espace d’une agentivité collective, le projet de Cassidy Toner indique une forme silencieuse mais efficace de non-conformité et de non-coopération sans être toutefois un acte de résistance performatif. Pour citer le Bartlelby de Melville, il s’agit là d’une sorte de « I would prefer not to », une expérience vivifiante de transgression.
Texte de Paolo Baggi