Roman Selim Khereddine

Plattform2021

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Jeder Jäger träumt von einem Reh, Plattform21 at MASILugano, 2021
Photo credits: Mattia Angelini

Jeder Jäger träumt von einem Reh, Plattform21 at MASILugano, 2021
Photo credits: Mattia Angelini

eder Jäger träumt von einem Reh, Plattform21 at MASILugano, 2021
Photo credits: Mattia Angelini

eder Jäger träumt von einem Reh, Plattform21 at MASILugano, 2021
Photo credits: Mattia Angelini

Jeder Jäger träumt von einem Reh, Plattform21 at MASILugano, 2021
Photo credits: Mattia Angelini

Jeder Jäger träumt von einem Reh, Plattform21 at MASILugano, 2021
Photo credits: Mattia Angelini

Jeder Jäger träumt von einem Reh, Plattform21 at MASILugano, 2021
Photo credits: Mattia Angelini

Jeder Jäger träumt von einem Reh, Plattform21 at MASILugano, 2021
Photo credits: Mattia Angelini

Jeder Jäger träumt von einem Reh, Plattform21 at MASILugano, 2021
Photo credits: Mattia Angelini

Jeder Jäger träumt von einem Reh, Plattform21 at MASILugano, 2021
Photo credits: Mattia Angelini

“A stuffed goat is special in the way that a stuffed goat is special.”
Robert Rauschenberg

Depuis plusieurs années, le travail artistique de Roman Selim Khereddine porte sur les relations que les humains entretiennent avec les animaux. L’artiste produit principalement des essais vidéo basés sur des images trouvées sur internet auxquelles il superpose des textes réflexifs fondés aussi bien sur des sources historiques que des mèmes, ainsi que des installations mordantes à base d’animaux empaillés. L’ensemble, empreint d’une certaine empathie et néanmoins teinté d’un humour vache, illustre bien les manières dont notre société rend bêtes les bêtes, pour reprendre l’expression de Vinciane Despret.
Pour Plattform21, l’artiste présente une installation composée d’un chevreuil empaillé étendu sur un lit de camp, tandis que les cornes d’un trophée de chasse pointent sous le matelas. Bien que traditionnellement la taxidermie fige les animaux morts dans des postures visant à donner l’illusion de la vie, ce chevreuil présente la particularité d’être représenté comme mort, si bien qu’il s’intégrerait mieux dans une nature morte que dans un diorama. Mais alors que la prise de chasse est habituellement pendue par les pieds pour être saignée, elle se retrouve ici couchée dans le lit de son ou sa potentiel·le·x chasseur·se·x. Quant aux trophées de chasse, ils sont curieusement remisés sous le lit ou dans des boîtes, comme un souvenir gênant qui viendrait perturber le sommeil du ou de la chasseur·se·x. Le rêve de chasse se superpose ainsi au sommeil éternel du chevreuil.
En parallèle, une vidéo nous donne à voir les rangées d’un vaste entrepôt situé en Argovie où sont stockés des milliers d’animaux empaillés. La déambulation dans cette antre impressionnante évoque aussi bien les réserves d’un musée d’histoire naturelle que les allées d’un supermarché, et montre l’envers du décor d’une pratique devenue une industrie comme les autres.
Par un subtil jeu de décalage et de détournement, le dispositif proposé par Roman Selim Khereddine souligne les travers d’une humanité fondée sur l’autel du sacrifice animal. Au final, ce n’est pas tant le point de vue de l’animal qu’il s’agit d’adopter, mais bien plutôt de scruter le reflet peu flatteur que nous renvoie la bille placée dans l’orbite oculaire de l’animal naturalisé, celui d’une humanité dominatrice et prédatrice.

Colin Raynal