Charlotte Khouri utilise la performance pour activer et questionner le lien entre les objets qu’elle positionne dans l’espace. Elle déclame des textes drôles et décalés qui interrogent ces objets comme s’ils étaient des êtres vivants. L’absurde est, par définition, dissonant, et les mots résonnent comme des notes d’une partition sans gamme. Au-delà de la performance, son outil principal est le langage avec lequel elle jongle. Les mots prennent forme et remplissent l’espace en créant une tension entre les objets réactivés. L’artiste sculpte et les mots rebondissent. Dans sa démarche, Charlotte Khouri s’intéresse aux rapports entre les objets mais aussi entre les hommes: le thème de l’utopie y tient une place centrale. Après être partie en voyage d’étude à Twins Oaks en Virginie, dans une communauté utopiste des années 1960, elle comprend que celle-ci ne peut exister qu’en suspens, et ses performances rendent possible, pendant un bref instant, la création de cet espace immatériel.
Dans On n’est pas des plantes, 2012, Charlotte Khouri dialogue avec un green de golf en plastique découpé, un sceau d’eau, un rouleau de papier toilette ainsi que d’autres objets inattendus. Le texte débute sur des mots inconnus et, peu à peu, le sens apparaît par touches. Chaque objet prend une définition différente, devient plus ou moins sympathique ou utile. Le temps disparaît pour laisser place à l’espace et à l’énergie (forces vectorielles) qui se créée un instant avant de retomber. L’artiste devient le chef d’orchestre de cette symphonie silencieuse qu’elle rythme et ponctue.
Pour Plattform 13, Charlotte Khouri fait écho à l’histoire du bâtiment. Cette ancienne usine électrique devient, le temps d’une soirée, le lieu d’une discussion entre des éponges jaunes, une banane, une petite maquette et des chapeaux, sur un trampoline. Il manque du jaune, il y a pourtant bien du rouge et du bleu, il y a aussi des carrés, des triangles et des cercles. Le texte passe d’une langue à l’autre, le rythme varie. En ajoutant des éléments de ‹décors› à ce lieu, elle donne à l’espace un nouveau sens qui naît le temps de la performance pour se redéfinir ensuite dans le silence de l’exposition. – Stéphanie Serra