N’est-ce pas une qualité attribuée à l’appareil photo que celle de révéler à la vue ce que l’œil nu ne sait voir? Certes, la machine opère elle-même afin de fixer le sujet, mais c’est uniquement le photographe qui décide du propos, de l’angle, de la perspective et d’un nombre de facteurs qui détermineront le cliché photographique.
La pratique artistique de Nicolas Delaroche met en lumière l’évidence – peut-être parfois oubliée – du rôle central que joue le photographe. L’artiste, dans ses travaux, dévoile des lieux inconnus – inaccessibles peut-être même – du spectateur. La démarche artistique ne s’arrête bien sûr pas là. Si le choix des sujets atypiques marque le point de départ du projet, Delaroche apporte une grande attention à la perspective afin de renforcer cette expérience visuelle inédite. C’est ainsi que le spectateur se retrouve emmené à travers les coulisses de musées suisses; sans pour autant être capable de se situer clairement, ni dans un espace visuel, ni dans un espace temporel.
Le cheminement artistique de Delaroche est également une réflexion sur l’art, notamment la collection d’art: son existence ainsi que la manière dont on l'expose. Si les musées sont chers à l’artiste, ce n’est bien entendu pas les seuls lieux qu’il a explorés et où il a par ailleurs parfois effectué un travail de recontextualisation des œuvres. Les collections privées et le champ visuel qu’elles offrent ont également été exploités par l’artiste. Ici encore, il ne s’agit pas d’un vulgaire reportage mais bien d’une nouvelle interprétation visuelle. L’artiste abhorre le sujet d’une manière inédite grâce au jeu de perspective, à travers un filtre ou à l’aide de basculements. Dans sa démarche, Delaroche, photographe de formation, questionne le médium et le pousse au-delà de ses limites. – Jessica Bourgoz