Le travail de Liliane Puthod se caractérise à première vue par l’ordre, la maîtrise et la géométrie. Or, lorsque l’on observe de plus près plusieurs de ses œuvres, on remarque que cet ordre visuel n’est qu’illusion, qu’il ne s’agit que de la première strate d’un palimpseste que le visiteur est invité à découvrir. Fraîchement diplômée en communication visuelle (Studio M, Lyon), Liliane Puthod entame ensuite un Bachelor dans l’option Sculpture Installation Espace, suivi d'un Master en Arts visuels, à la Haute école d’art et de design de Genève. C’est bien vers un travail sur les modes de communication, de production et la mise en espace que Liliane Puthod oriente depuis plusieurs années sa pratique artistique. Dans «93m2 = 7,5kg = 198000%» (2010), le livre, support de l’information par excellence, est exploré. Une simple page blanche est photocopiée 1500 fois, en subissant un agrandissement répété qui laisse ainsi apparaître la trame du papier ainsi que les erreurs d’impression (maculatures, poussières etc.) de la machine, autrement dit les failles du dispositif de reproduction. On retrouve dans «Oneshelf» (2011) la production en série. A partir des pièces, toutes identiques, de cinquante étagères en acier zingué Hyllis de la firme IKEA, Liliane Puthod réalise une sculpture de plus de cinq mètres de long en ne portant pas atteinte à l’unité fabriquée en série. Ni trou, ni découpe ne sont effectués. L’artiste ne cherche pas à critiquer ou à détruire les structures sous-tendant nos systèmes de consommation mais plutôt à les détourner ou à les déstabiliser, de manière positive. Elle se les approprie pour en faire quelque chose de nouveau, pour montrer qu’il est possible de trouver entre l’ordre imposé et le chaos un autre système, une nouvelle harmonie. En introduisant une part de liberté et de création dans la reproduction mécanisée, Liliane Puthod parvient à conférer à des œuvres réalisées à partir de matériaux issus de celle-ci l’aura propre à l’œuvre d’art. – Melissa Rérat