Un mur abandonné recouvert de graffiti; une colonne en céramique industrielle détruite et restaurée à plusieurs reprises; une arche en verre brisé – arc de triomphe dédié à la mémoire d’un événement hypothétique? – une présence énigmatique émane des objets de Guy Meldem. Tels les vestiges d’un futur non lointain, ses sculptures et tableaux semblent étrangement familiers tout en se dérobant à une lecture évidente. Cette fausse impression de déjà-vu est due aux références à l’Art concret qui traversent l’œuvre de Guy Meldem. Ce courant de l’art non-figuratif suppose l’utilisation de formes, couleurs, surfaces et volumes comme moyens artistiques autonomes, sans aucune teneur symbolique ou fonction représentative, souvent basée sur des calculs mathématiques. Défini dans un manifeste en 1930 par Theo van Doesburg, puis élaboré, notamment à Zurich, par des artistes tels que Max Bill, l’Art concret semble encore omniprésent dans la création contemporaine en Suisse, particulièrement dans le graphisme et le design. Guy Meldem se dit tout aussi fasciné que repoussé par la rigidité de ces concepts. Il les prend comme point de départ, puis cherche à les surmonter et les remettre en question. Ainsi, il établit des protocoles similaires aux pratiques de l’Art concret, tout en permettant des situations non contrôlables et, conséquemment, des gestes spontanés. Comment tracer une ligne à main libre en recouvrant la plus grande surface possible sans jamais repasser par le même point? Comment détériorer sans détruire? Les formes qui résultent de ces expérimentations sont moins épurées, moins maîtrisables, et perdent surtout toute illusion d’évidence et d’infinité. En parallèle à son travail de sculpture, Guy Meldem réalise une série de peintures sur l’architecture totalitaire, hommages tendus qui traitent d’un rationalisme poussé à l’extrême (si ce n’est à l’absurde), mais aussi de la pérennité de choses et d’idées, leurs divers états dans le temps et leur dégradation, inévitable ou intentionnelle, comme dans le cas de la ‹valeur des ruines› formulée par Albert Speer. En questionnant ces différentes notions de temporalité, l’œuvre de Guy Meldem reste elle-même en suspens, entre visions du passé et archéologie du futur. – Charlotte Matter