Chaque création de Valentina Pini suit un protocole bien défini. Certains de ses dessins éveillent en elle un désir de matérialisation, qui, après une recherche autour du matériau, de la forme et de la taille, se concrétise en une installation. L’intérêt pour les matériaux et leur texture est récurrent, aussi bien que l’utilisation de substances alimentaires. Cet attentif choix des matières, un jeu d’ambiguïté entre artificiel et naturel, entre proche et lointain, a souvent pour but de donner une apparence trompeuse aux œuvres, afin de susciter chez le spectateur une certaine curiosité. L’artiste désire en effet nous faire participer activement, nous interroger, nous leurrer même, et, après une observation minutieuse de notre part, nous faire enfin mieux comprendre son œuvre, à travers la désillusion et/ou l’explication. C’est ainsi que ses travaux sont finalement très accessibles, tant pour leur côté esthétique que pour leur froideur, destinée à nous laisser de l’espace au niveau physique et mental à la fois. m/v (2007) est une oeuvre sur la densité, formée d’un trou noir qui attire et, en même temps, répugne. La forme et la matière utilisées sont témoins de l’univers à la fois primitif, organique et artificiel typique de l’artiste. Cet univers revient dans Kohinoor (2007), une pièce à l’aspect fortement trompeur, dévoilant petit à petit une boule de raisins secs, des branches de réglisse et une montagne de poudre de graphite. 1'18'' (2008) nous questionne à nouveau: un mât entouré de poudre de graphite et surmonté d’une roue pleine de primes suscite en nous un sentiment contrastant de curiosité-attraction et inaccessibilité-distance. Voici la magie d’une artiste, qui, malgré son regard attentif sur l’art contemporain, sait conserver son propre mystère. – Laura Giorla