Les paysages truffant notre quotidien tels la façade d’une maison, une sculpture, ou encore les stores d’une vitrine, sont les sujets de prédilection de Thomas Moor. L’art de ce jeune artiste réside dans sa manière de démanteler une perception ou une vision commune: alors que l’objet précieux devient trivial, celui banal devient théâtral.
La performance Touching Tangibles, réalisée en 2013, met en scène l’artiste vêtu d’une combinaison blanche le recouvrant de la tête aux pieds, entièrement composée d’un tissu blanc semblable aux gants enfilés par les professionnels lors d’une manipulation d’oeuvres d’art. La réalisation de ce costume a pour but de pouvoir enlacer les sculptures appartenant à des privés ou aux musées. Ces diverses performances ayant été photographiées, l’artiste a ensuite choisi d’offrir cette prestation au public sous la forme d’une installation, mettant ainsi en scène sur un pan de mur la projection desdits enlacements. À ses côtés, on trouve une liste mentionnant letitre, les dimensions et les noms des institutions auxquelles appartiennent les sculptures approchées. Enfin, suspendue à un cintre, sur une autre cimaise, le spectateur découvre la combinaison blanche inanimée.
Cette approche de l’oeuvre questionne la relation de l’homme à l’art. La société et les moeurs nous dictent les comportements à observer, et les distances à observer face à une création artistique. Toutefois, grâce à sa démarche, l’artiste propose au spectateur une autre appréhension du monde de l’art, transformant ainsi l’oeuvre en objet courant. L’installation imaginée par l’artiste ne fait que renforcer cette réalité. Ainsi, en déployant les objets de leur sens originel, il oblige le public à repenser certaines relations, vérités et systèmes établis. En employant l’ironie et la simplicité, Thomas Moor propose une approche artistique terriblement sincère et dépourvue de tout artifice, qui pousse le spectateur à revisiter ses savoirs et aprioris. Cleoriana Benacloche