Le travail de Paul Limoujoux pose la question du regard et de son interprétation, notamment à travers la dialectique engendrée entre l’observateur et le producteur d’une oeuvre d’art. A la façon du personnage de Barthelbooth dans La Vie mode d’emploi de Georges Perec, qui tente de «faire basculer sa perception, voir autrement ce que fallacieusement l’autre lui donnait à voir», il s’agit de renouveler nos habitudes interprétatives face aux éléments constitutifs d’une scénographie telle que celle de l’exposition.
Ce basculement est activé notamment par un processus d’appât par le leurre, produit par une sorte d’intrusion fictive de formes familières. Ces dernières, qui ont a priori un statut parasitaire dans l’espace où elles sont présentées, agissent comme des agents perturbateurs vecteurs d’attention. Ainsi ce trousseau de clés posé à même le sol, cet ensemble de torchons de cuisine soigneusement empilés et ces têtes de poissons qui faisaient autrefois office de bec de fontaine. En y regardant de plus près, ces éléments sont tous issus d’un processus de transfert qui tente vainement de reproduire à l’identique ces bidules en apparence anodins. Du travail de copie est issu une série de simulacres pastichés comme des facsimilés, réévalués par le geste de l’artiste et le minutieux travail de production. Ces pièces sont toutes significatives d’un questionnement par rapport à l’objetoeuvre, à son poids, à sa valeur, à son usage ainsi qu’à son authenticité. Elles placent le visiteur en une posture active de chasseur en quête d’oeuvres.
Les problématiques spatiales et temporelles liées aux formes produites sont prolongées par les boîtes que Paul Limoujoux réalise sur mesure pour chacune de ses sculptures, les dotant d’une forme d’autonomie par rapport au moment et au lieu d’exposition.
Enfin, en renouvelant perpétuellement la notion d’original et de modèle à travers un processus de constante recréation, Paul Limoujoux ouvre des narrations potentielles, qui «donnent à voir l’espace qui les reçoit». Laurence Wagner