Les installations de Lucas Herzig se caractérisent par une attention particulière au contexte d’exposition. En 2012, il redéfinissait ainsi les contours de La Rada (Locarno) avec La Gran Secca. Déchirés et assemblés en couches irrégulières, des cartons de récupération formaient des vagues au centre comme aux murs de la salle, débordaient par la porte d’entrée. Le visiteur, condamné à évoluer dans les espaces laissés libres, voyait son expérience du lieu radicalement transformée par ces amas évoquant la prolifération d’un organisme vivant.
Cocci (2015) était au contraire constituée d’éléments alignés consciencieusement le long d’une rampe de bois, reliant deux salles du Centre PasquArt. Identifier, catégoriser, ranger : l’installation, produite pour son travail de diplôme, activait ces opérations fondamentales, destinées à ramener de l’ordre dans le chaos. Présentée comme une collection de pierres factices, elle était constituée de pièces de bois, peintes ou recouvertes de papiers frottés au graphite pour imiter des minéraux. Faux marbre ou pierre authentique? Peinture ou sculpture? Reposant sur des ambiguïtés, Cocci forçait les jeux d’identification tout en interrogeant les relations de la partie avec le tout. Dans quel environnement, en regard de quelles références, une planche de bois est-elle perçue comme une gemme ?
Pour PLATTFORM16, Lucas Herzig intervient sur l’architecture du Kunstraum Walcheturm, introduisant un obstacle visuel et physique qui conditionne les déplacements du visiteur. Poursuivant ses recherches visant à « créer de l‘incertitude dans la perception et la catégorisation des objets présentés », son installation vient soutenir artificiellement le système statique de la salle d’exposition. Afin de mieux brouiller les pistes, il a recours à une technique de la charpenterie traditionnelle pour assembler des planches de chantier, avant de les recouvrir de dessins équivoques obtenus par frottage. Le papier agit aussi bien comme un écran que comme un révélateur, puisqu’il porte à sa surface les traces des veines de chaque pan de bois qu’il recouvre. – Anouk Schumacher