La réflexion sur les structures qui conditionnent notre environnement, de nos murs quotidiens aux cimaises des espaces d’exposition forment le point de départ des travaux de Lorenza Longhi. Sa contribution à Plattform19 est donc pensée en relation au contexte spécifique de l’exposition. En entrant, l’installation évoque immédiatement le hall d’accueil d’une galerie ou d’un musée, d’un bureau d’avocat, d’un cabinet médical ou de locaux d’une compagnie d’assurance. Là, les robustes panneaux du meuble USM resplendissent et son ossature modulaire en acier déploie un maximum de flexibilité. Le fait que cet objet emblématique soit tout autant à sa place dans un « paysage de bureau » que dans une chambre à coucher devrait nous préoccuper. Certes, l’alliance malsaine entre une esthétisation de tout notre environnement et la part grandissante de l’économie dans notre quotidien n’est pas un phénomène récent, mais les échappatoires se font rares. Lorenza Longhi touche à l’aporie en poussant à son paroxysme l’universel malléable et « neutre », c’est-à-dire le caractère parasitaire de l’USM en l’incorporant à un agencement de tissus sérigraphiés sur lesquels des slogans absurdes promettent, à la manière de panneaux publicitaires, un nouvel ordre mondial (ce sont en fait des phrases et des polices de caractères prises des publicités et des titres de magazines LIFE, datant du début des années 1950). À première vue minutieusement fabriqués, les tableaux et les USM ont été réalisés avec des matériaux trouvés et des techniques de bricolage improvisées. Ils présentent l’un comme l’autre des anomalies et des traces des gestes spontanés, comme une tentative émancipatrice de se réapproprier les déchirures du nouvel ordre.
[Traduit de l’allemand]