Kelly Tissot se saisit d’éléments associés à la ruralité, qu’elle épure pour en faire la base de son travail. Partant d’une volonté de dé-romantiser la nature, ses pièces tranchent avec l’iconographie pastorale traditionnellement associée à la campagne en occident. Elle n’oppose toutefois pas à ce type de récits un regard documentaire. En recontextualisant ces éléments (en "faisant sculpture"), elle en détourne la fonction et les offre à de nouvelles narrations. De la même façon, son travail photographique donne à voir un certain envers du décor vis-à-vis des poncifs sur le rural, et participe à un renouvellement du cadre référentiel associé à la nature – ou plus exactement au rapport nature-culture dont l’idée de campagne est l’un des pivots. Kelly Tissot explore ainsi les lieux de frottement, les frictions entre des mondes perçus comme dichotomiques: ceux de la fiction et du réel, du sauvage et du civilisé, de l’obsolescent et de l’immuable.
Récurrent dans le vocabulaire esthétique de l’artiste, le recours à des éléments de spatialisation suggère une interrogation de notre construction de la réalité. Catégoriser c’est rendre intelligible, littéralement distinguer. Ses pièces sont à comprendre comme autant de jalons narratifs pour une histoire encore à écrire, une réinvention libérée d’un cadre référentiel astreignant.
L’installation présente ici une reproduction de dispositifs de maintien des piles de bois de chauffe. Outre la mobilisation d’une technologie de structuration spatiale, tant l’usage initial de l’objet que le matériau choisi font référence à un processus de domestication. Elle est mise en dialogue avec deux impressions sur métal de photographies prises par l’artiste dans sa région natale.
Martin Genton
Kelly souhaiterait remercier chaleureusement Mathieu Dafflon et Benjamin Furrer pour leur soutien et collaboration sur ce projet.