Sans bouger, nous partons en voyage. D’abord, le corps s’abandonne, lentement, il cesse de répondre aux sollicitations. Bientôt on ne le sent plus du tout et c’est la conscience qui progressivement se délite. Les pensées s’engourdissent, elles se mélangent au rêve et déjà la distinction entre les deux disparait. S’endormir, c’est se laisser aller, s’abandonner à l’inconscient, laisser dans ce monde connu nos repères et notre maîtrise pour rejoindre un autre univers dont chaque soir nous ne savons rien. Avez-vous déjà essayé de vous observer consciemment pendant que vous glissiez dans le sommeil ? C’est une expérience aussi riche qu’insensée, aussi fertile que vouée à l’échec. Nous voilà au coeur du sujet. Pour Kaspar Ludwig, l’art est une histoire d’aventure, de mondes à explorer et de destinations inatteignables. Plus que des objets, l’artiste crée des espaces de projection dans lesquels l’imagination du spectateur•trice est invitée à se libérer, à se renouveler, à s’activer. Il opère par décalages, utilise l’humour et le storytelling, ses objets sont des vaisseaux pour des déplacements immatériels et le son devient une expérience physique plus qu’acoustique. Les coussins du CACY n’ont rien de magnifique, ce sont des readymade. Outils techniques et technologiques, ils sont utilisés dans les carrières de marbres et chacun est capable de déplacer plus de 60 tonnes de pierre. Sous une apparente simplicité, les objets de Kaspar Ludwig sont toujours chargés d’un pouvoir immense que seule l’imagination peut activer. L’art devient cet espace singulier au sein duquel il est possible d’interpréter des sensations qui n’existent que dans des situations extrêmes.
Texte de Roxane Bovet