A travers l’assemblage de matériaux de récupération (des palettes CFF, des poutres en bois ou des portes), Céline Zahnd réalise une structure géométriquement épurée. Un espace euclidien et perspectiviste, dans lequel le spectateur est invité à entrer et expérimenter autant visuellement que physiquement l’espace. L’aspect dégradé de cet assemblage anachronique – apparent vestige d’archéologie contemporaine – renvoie entre autres aux processus de transformations et de changements spatio-temporels auxquels tout objet est nécessairement soumis. Dans ce sens, le processus historique, ainsi que ses multiples structures (architecturales, sociales, visuelles, …), se superposent créant des stratifications hétérogènes qui demandent à être découvertes physiquement. A travers une approche essentiellement empirique, l’artiste réalise une étrange camera obscura en apparence stable qui dévoile cependant des réactions inattendues et déstabilisantes une fois le spectateur à l’intérieur. L’artiste joue avec les codes en manipulant par là notre système perspectif et en détournant nos repères spatiaux. En effet, le module mobile et anamorphique est activé à l’aide d’un système de mécanismes constitués de câbles métalliques et de poulies savamment agencés. La déstabilisation vécue par le spectateur produit un effet presque psychasthénique qui donne lieu à un sentiment d’étrangeté où le leurre acquière une dimension à la fois ludique et perturbante. – Patrick Gosatti