Jeanne Gillard se sert de l’architecture du lieu où elle intervient in situ, et des figures ornementales qui en caractérisent la construction (plinthes, fenêtres, etc…), comme d’un vocabulaire qu’elle peut partager commodément avec le visiteur. Sur la base de ce langage commun et sur le principe du ‹pas de côté›, l’artiste explore les possibles d’un monde légèrement altéré par de micro-ajustements. Jouant de la redondance, Gillard a placé dans l’espace d’exposition de la Villa Arson, en 2006, des copies en mousse des poutres existantes. Verticalement, les unes s’ajoutaient aux autres et réglaient différemment la rythmique de l’espace; et lorsque les poutres s’échouaient sur le sol à cause de leur instabilité, elles figuraient, par une ambiguïté de forme, des bancs. Egalement à la Villa Arson, Gillard a reproduit, en ajustant les proportions au lieu, les lignes de marquage d’un terrain de football. Réalisé au blanc de Meudon, le dessin s’estompe au fur et à mesure du passage des visiteurs. Espace de jeu impraticable en raison de son caractère éphémère et des murs qui le sectionnent, il s’affirme comme un motif graphique et met en valeur la superficie du sol. Les installations de Gillard sont des tentatives discrètes d’occupation des lieux. L’artiste travaille en réaction à l’édifice lui-même. Pour PLATTFORM09, Gillard a conçu un ballon dirigeable qui se déplacera dans l’une des salles de l’ewz-Unterwerk selon la cartographie (préenregistrée dans sa mémoire) d’une autre pièce. Certain de naviguer dans un espace précis, l’engin butera par erreur contre les murs et les poteaux, et en raison de la perte de ses repères, y errera d’une présence fantomatique. – Laurence Schmidlin