Guadalupe Ruiz

Plattform2007

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Watermelon Man, aus: Hazardous Reactions, 2006

Watermelon Man, aus: Hazardous Reactions, 2006

colombian_chika69@yahoo.com, aus: Hazardous Reactions, 2006

colombian_chika69@yahoo.com, aus: Hazardous Reactions, 2006

Hazardous Reactions, 2006

Hazardous Reactions, 2006

Nigger never Now, aus: Hazardous Reactions, 2006

Nigger never Now, aus: Hazardous Reactions, 2006

Precis, 2007

Precis, 2007

Le sujet, le référent photographique de Guadalupe Ruiz, née à Bogotá, est presque toujours la Colombie. L’artiste offre, à travers ses œuvres, sa vision personnelle sur le pays et sur sa famille; vision qui n’est pas identique à la nôtre, ni bien entendu à celle qu’elle aurait si elle était restée là-bas. Guadalupe Ruiz ne juge pas. Son regard est affectueux mais critique, ou tout du moins conscient des éléments qui frapperont l’observateur, et ce dans le sens qu’il attend, celui des clichés culturels qu’il a en tête lorsqu’il pense à l’Amérique du sud. Alors justement, quels sont-ils ces clichés? La violence, que l’artiste laisse transparaître en filigrane et jamais de manière directe – des armes, des chiens dits «méchants» –, le kitsch, la démesure des paysages… et la famille. Une fois de plus, nous nous retrouvons en position de voyeurs face au portrait, mais la photographe prend les devants et met en scène les poses dans un esprit et une esthétique qui ne sont pas sans rappeler ceux des magazines ou de la publicité. Les cadrages sont serrés, les portraits crus, les couleurs vives, et les membres de la famille ressemblent étrangement, bien que de manière largement plus sophistiquée, aux personnages des séries télévisées colombiennes (telenovela), caricaturaux. Mais les parents se donnent aussi, généreusement et sans fausse pudeur, ce qui biaise immanquablement le dispositif soigneusement mis en place par l’artiste (série La Fucking Family, 2004). La réalité est entourée d’une dimension artificielle qui met aussi en exergue certaines caractéristiques des portraiturés. Guadalupe Ruiz montre sans retenue et assume, même lorsqu’il s’agit d’érotisme, lorsqu’une certaine vulgarité transparaît ou lorsque l’on sent que le sujet est, pour une raison ou pour une autre, marginalisé. Le paysage et les habitations colombiennes sont eux aussi questionnés par Guadalupe Ruiz. Dans la série Bogota D.C. (2002), l’artiste «répertorie» intérieurs et façades de la capitale, esquissant par là même des typifications tant nationales et culturelles, que liées à la réalité sociale: le téléviseur omniprésent, mais aussi les bibelots et autres chérubins ou statuettes religieuses, les portraits, des objets provenant d’autres cultures, par exemple asiatique. Guadalupe Ruiz retrace, à travers ses photographies, les singularités de son pays et de sa famille qu’elle met en scène avec bienveillance, tout en étant consciente de ce qui interpelle.

 – Emilie Bujès