Fabien Clerc réinterprète des motifs existants, généralement issus de la culture urbaine (planches de skateboards, baskets, casques de DJ) et en fige les contours dans la matière à la fois pérenne et fragile de la céramique. Entre ses mains, table de mixage et platines se parent d’une préciosité nouvelle. Transcendant leur destinée éphémère d’objet utilitaire, ces outils de la musique électronique acquièrent, sous le brillant émaillé de leur nouveaux corps en faïence, le statut de produit de luxe et d’œuvre d’art. En 2009, avec Kratophanies, Clerc tire parti des modalités techniques de la terre cuite en colorant ses sculptures, encore bouillantes et translucides de la chaleur du four, d’un noir de fumée né de la combustion de copeaux de bois. Par la disposition de ces pièces sur le sol – des répliques d’ossements et des fragments de carénage de scooter –, il met en scène les reliques d’un rituel tribal imaginaire, aussi archaïque que futuriste. S’abreuvant du flux d’objets qui tous les jours nous inonde, Clerc procède à la manière du DJ qui, à force d’emprunts et de prélèvements, favorise la rencontre d’univers a priori hétérogènes. – Séverine Fromaigeat