Cathrin Jarema focalise sa recherche sur la notion de communication, entendue au sens large du terme et sous toutes ses formes. Qu’il s’agisse de signalisation dans l’espace urbain, de l’expression des émotions ou de communication numérique, ce sont autant les aspects formels que symboliques liés à la transmission d’informations qu’elle explore au fil de ses travaux.
Pour son projet de Bachelor, elle avait ainsi recréé un prototype de conversation numérique – WhatsApp, Facebook Messenger, iMessage – au moyen d’une installation multimédia. Pendant qu’une voix digitale débitait monotonement la succession de phrases d’une banalité presque comique qui constituaient le dialogue scénarisé, étaient projetés selon un rythme bien précis sur deux écrans les énoncés émis par chacune des interlocutrices. Un troisième écran servait à projeter les contenus – images, vidéos et musique – partagés dans le fil de la conversation.
La fragmentation sur trois supports distincts des éléments d’un dialogue dont il est habituel d’avoir une vue globale en un coup d’œil sur un écran de téléphone ou d’ordinateur rendait attentif à l’interrelation des divers composants d’une conversation à l’ère digitale, plus particulièrement à la dialectique entre énoncés verbaux et usage des emojis, ces pictogrammes iconiques de la communication virtuelle qui se diversifient et se complexifient au point de former progressivement une forme de protolangue autonome – « Emoji Dick », une traduction collaborative de Moby Dick en emojis, a par exemple été publiée il y a quelques années déjà.
Les emojis, tout comme d’autres formes de communication propres à l’ère numérique – à l’instar de l’Internet slang – constituent pour Cathrin Jarema une source d’intérêt et d’inspiration. C’est notamment la simplification et l’essentialisation de la langue sur les supports digitaux, par contraste avec la complexité du système linguistique abstrait, qu’elle étudie et interroge à travers ses travaux, mais également les malentendus, quiproquos et autres approximations qui en découlent.
Enfin, un aspect récurrent dans ses travaux sont aussi les thèmes de l’absurdité et de la banalité qui sont inhérents à la communication virtuelle, comme l’atteste la platitude risible du dialogue que son projet de Bachelor offrait. La vacuité en tant que caractéristique irréductible à la société de l’information et de la consommation informe fréquemment les travaux de Cathrin Jarema, à l’exemple de sa vidéo 1 hour dans laquelle elle se filme seule face à la caméra une heure durant à ne rien faire hormis appuyer sur un bouton à chaque fois qu’elle considère qu’une minute a passé – sorte d’ennui forcé dans la recherche d’une prise de conscience de la dimension temporelle, à une époque où espace et temps tendent à s’abstraire de plus en plus au profit d’une communication aussi ubique qu’instantanée. – Simon Würsten